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Samantha et Antoine

16 septembre 2019

3 commentaires

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Vivre en tiny house

Les tiny house. Lorsque nous avons vu les photos de ces petites maisons colorées en plein cœur d’une prairie verdoyante, nous avons immédiatement su que nous y ferions halte. Un autre mode d’habitation, une nouvelle expérience. L’art de vivre avec l’essentiel, dans un espace restreint, nous attire. Notre prochaine étape est donc de traverser le Saint-Laurent pour atteindre la Gaspésie et ces paysages envoûtants.

 

Nous laissons derrière nous le chalet de la Montagne pour atteindre la côte et chercher un endroit où effectuer une traversée. Nous n’avions pas réservé en avance, ce qui complique quelque peu le périple. Depuis les Escoumins, qui est le point de départ le plus rapide pour atteindre Rimousky, on nous conseille de venir très en avance à l’horaire du ferry pour tenter notre chance. Parfois, il reste de la place, et le bateau prend donc quelques passagers supplémentaires ! C’est parti, donc, pour des heures d’attente sur le parking de l’embarcadère, à compter les voitures arrivant en espérant qu’elles ne seront pas trop nombreuses… Aujourd’hui, la chance est avec nous : nous aurons la dernière place ! Notre voiture et nous nous retrouvons donc à bord.

En quête de baleines

Sur le pont, l’air froid nous fouette le visage et gèle nos mains. Mais impossible de rentrer : cet endroit est le point d’observation parfait pour tenter de voir des baleines ! Des milliers d’entre elles laissent derrière elles l’océan Atlantique pour remonter l’estuaire jusqu’à l’embouchure de Saguenay. Le Saint Laurent regorgeant de plancton et de poisson, c’est un terrain de jeu parfait ! Je ne sais pas vous, mais j’ai toujours été fascinée par les mammifères marins. Il y a dans leur gigantisme un mystère ancestral, une puissante magie. Antoine et moi scrutons l’étendue bleue infinie à la recherche de la moindre aspérité… quand soudain, nous la voyons ! Un dos sombre qui fend les vagues quelques secondes, avant de replonger sans laisser de trace. Une baleine bleue, ou rorqual bleu ! Le plus grand des géants de la mer et le plus imposant animal ayant existé sur notre planète. Hélas, l’espèce est en voie de disparition à cause de la chasse. Je n’arrive pas à imaginer comment l’on peut tuer une créature aussi majestueuse, poétique et impressionnante.

 

Avec nous, sur le pont, un québécois chausse ses jumelles. C’est un véritable expert qui nous détaillera chaque animal que nous aurons la chance d’apercevoir au loin : des marsouins, des belugas et un rorqual commun.

 

C’est émerveillés que nous mettrons pied à terre une heure et demi plus tard. Nous espérions voir quelque chose durant la traversée, ce fut un spectacle constant !

L'essentiel

Encore enchantés de ces observations maritimes, nous nous dirigeons à quelques kilomètres de Rimousky, dans le domaine de Floravie. C’est là que nous attend notre tiny house – la numéro 1, la bleue, parfait ! Ce domaine se trouve sur une presqu’île à l’embouchure de la Rivière-Hâtée, qui rejoint le Saint Laurent. Ce qui nous a immédiatement plu, c’est la philosophie derrière ce mode d’habitation, qui est profondément lié aux conditions économiques et sociales actuelles aux Etats-Unis. La première Tiny House a été dessinée dans les années 2000 par un architecte nommé Jay Shafer. La philosophie qui accompagne ce concept est simple : être capable de vivre dans un petit espace, pour moins de consommation et un retour à l’essentiel. C’est en effet une solution qu’ont adopté de nombreuses personnes de l’autre côté de l’Atlantique pour faire face à a crise financière.

 

Nous passons des gigantesques baleines à une maison miniature ! Notre tiny house pour quelques jours est autonome et écologique. L’électricité est générée par un panneau solaire, qui permet de faire fonctionner les lampes, le Frigo et une prise électrique. Pour le reste, on cuisine et se chauffe au gaz. Un bidon d’eau de source pour boire, pour le reste, un réservoir d’eau permet de se doucher et de faire la vaisselle. Les toilettes sèches sont ingénieuses : un système de manivelle permet une rotation du terreau, évitant toute odeur. Sous l’évier, des poubelles différentes pour le tri. Il y a tout ce qu’il faut dans un espace très restreint : table, canapé encastré avec vue sur la prairie, coin cuisine équipé, rangements intelligents, et enfin un lit sur une mezzanine. Le bois confère à cet espace un aspect chaleureux et convivial. Cela tombe bien, parce que le temps n’est pas au rendez-vous : une pluie oblique strie le paysage et le vent agite la forêt qui borde l’habitation. Plus loin, nous voyons les vagues du Saint Laurent s’écraser avec fracas sur les rochers. C’est une journée à rester bien au chaud dans sa tiny house, enroulé dans un plaid, avec un bon livre.

Les jardins de Métis

Le lendemain, le temps est légèrement plus clément. Nous décidons de sortir de notre hibernation pour nous rendre plus au nord encore, pour visiter les jardins de Métis. C’est l’œuvre d’Elsie Reford, une jardinière avant-gardiste qui a entrepris de créer les jardins les plus nordiques de la partie est de l’Amérique du Nord ! Un véritable bonheur que de flâner dans ce dédale floral. Le potager fait rêver : tournesols, betteraves, fraises, piments d’espelette, romarin, basilic… mais la fleur préférée d’Elsie Reford était le pavot bleu de l’Himalaya. Hélas, nous avons passé sa saison, mais les photographies exposées laissent imaginer la fragilité et la vibration de leurs pétales. Je ne connaissais pas cette variété : c’est le coup de foudre. Sa culture est apparemment très exigeante et délicate. Autour de nous, ces plantes sont de véritables exploits. Les jardins de cette femme sont une œuvre d’art, le résultat de décennies d’expérimentations acharnées.

L'heure bleue

Lorsque nous rentrons dans notre tiny house, j’ai encore le souvenir lointain de ce pavot bleu. Antoine passe son appareil photo en bandoulière : le soleil se couche, c’est l’heure de chasser les lumières ! Lorsqu’il revient, nous passons du temps à regarder ses clichés… il m’explique que c’est ce moment particulier qu’il préfère pour photographier, lorsque le jour laisse place à la nuit, et que le ciel se remplit d’un bleu soutenu et profond. Ça me fait sourire. Il y a des années, je me suis dit que j’écrirais un roman qui s’appelle « L’heure bleue ». Juste parce que je trouve cette expression sublime. Ce moment de la journée qu’il préfère, qu’il apprivoise, qu’il traque, porte exactement ce nom.

 

Depuis la petite fenêtre de notre éphémère tiny house, nous regardons l’heure bleue devenir heure noire.

3 commentaires

  • Tessa dit :

    Encore une fois, à la lecture de l’article, je suis complètement embarquée avec vous!
    Je connaissais déjà le concept de la tiny house ; c’est fascinant de voir à quel point l’humanité cherche à retourner à l’essentiel après autant de temps à toujours vouloir dépasser les limites, aller sans cesse plus loin… Comme si on avait atteint une sorte de « fin », une limite, et, après avoir tout vu, tout fait, on commence enfin à avoir un éveil à un retour vers la nature… (Je ne sais pas si je suis très claire 😅)
    Sinon je ne dis pas être totalement convaincue par le concept de la tiny house mais cette idée plus globale autour d’une consommation réfléchie, oui.

    Et la prochaine fois que j’aurais l’occasion « d’observer » l' »heure bleue » (expression si poétique) je ne pourrais m’empêcher de penser à vous deux. J’espère de tout coeur avoir la chance un jour de connaître cette fusion des âmes que vous partager tous les deux, je me permets même de dire que vous faites un beau couple. 💙

    J’attends avec impatience la sortie d’un prochaine article. Les photos sont fabuleuses. Je ne saurais dire si ce sont elles qui font ressortir cette poésie que je ressens à le lecture des articles depuis quelques temps ou bien les textes qui soulignent la poésie des photos… 🙂

  • Lei dit :

    Ah, j’adore les Tiny Houses ! C’est un mode de vie qui m’attire depuis longtemps <3
    Vos photos et vos textes sont très inspirants. 🙂 Bonne route à tous les deux !

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