Samantha et Antoine

06 octobre 2019

2 commentaires

S'éblouir de rouge

Le van s’élance sur la ligne de bitume qui s’étend jusqu’à un horizon lointain, mêlant ses gammes d’ocre, de carmin et de violine. Nous laissons derrière nous les singuliers arbres du parc national Mojave pour une longue matinée de route. Cinq heures nous séparent de notre prochaine étape, le célèbre Grand Canyon ! Notre première escale au milieu du désert nous a galvanisés, le goût de l’aventure est désormais sur nos lèvres. C’est le moment de mettre à fond la playlist roadtrip que nous avons préparé. Les chansons emplissent l’habitacle du véhicule tandis que des paysages époustouflants défilent à gauche et à droite. Les trajets en voiture facilitent toujours les conversations importantes. J’ignore pourquoi. Peut-être la proximité physique, le fait de regarder chacun droit devant soi, ou encore cette sensation d’avancer. Quoiqu’il en soit, j’ai souvent eu des discussions majeures en voiture. Nous avalons donc les kilomètres sur la route rendue liquide par la chaleur tout en parlant.

En ce moment, notre vie se résume à des questions essentielles. Où dormir ? Quoi manger et comment ? Quand allumer un feu ? Y a-t-il par chance une douche dans les environs ? Grâce à Hitcamp, nous avons réservé un emplacement sur le terrain d’un particulier, en plein désert, à seulement 20 miles du Grand Canyon. Notre goût pour les endroits perdus et inaccessibles a un revers : il faut beaucoup de patience pour les trouver. Google Map n’est parfois d’aucune aide pour localiser précisément certains campements. D’où notre nouvelle règle d’or : NE JAMAIS ARRIVER DE NUIT. Notre hôte nous envoie des indications pour trouver notre futur havre de paix. Nous suivons à la lettre les instructions, tels des aventuriers serrant fort contre eux une carte au trésor. Il faudra s’arrêter en plein milieu d’une route, ouvrir une barrière à première vue infranchissable, et conduire le van sur des sentiers sablonneux. Cinq grands chiens viennent nous accueillir en aboyant. Un américain à la peau tannée par le soleil visse sa casquette en jean sur son crâne, et vient à notre rencontre en souriant. Nous faisons connaissance avec ses cinq adorables molosses qui viennent réclamer des caresses. Parmi eux, le plus vieux est surnommé « Coyote killer » : c’est lui qui est chargé d’éloigner les coyotes du ranch. Plusieurs meurtres de chats et de poules à déplorer sur la propriété.

 

Mike nous conduit jusqu’à un terrain désert, comprenant seulement une table, un divan, quelques chaises et un feu de camp. Autour, pas âme qui vive, seulement l’axe routier qui coupe en deux les plaines arides. Immédiatement, il nous tend une bière, et nous faisons connaissance dans la joie et la bonne humeur. C’est ce qui nous plaît beaucoup dans la mise en relation entre des voyageurs et des particuliers : nous faisons de véritables rencontres. Mike a perdu son époux quelques années auparavant, avec lequel il tenait son ranch. Il a dû se séparer hélas de ses chevaux et de ses vaches, et envisage peu à peu cette reconversion vers une forme de tourisme. Il a le terrain propice, sans aucun doute ! Ses chiens viennent poser leurs têtes sur nos genoux pendant qu’il nous raconte son histoire. Viennent aussi quelques informations importantes sur la faune locale : les grosses araignées aiment se loger dans les pierres au fond du terrain, attention aux scorpions et aux crotales qui ne sont jamais loin, et « Coyote Killer » se charge de maintenir les coyotes à distance, pour éviter de nouveau meurtres de chats domestiques. Antoine me glisse que « Coyote Killer n’a pas l’air très très killer », car en effet, c’est le plus vieux de la troupe de chien, et qu’il peine un peu à marcher. Mais ne jamais sous-estimer l’expérience !

Grandiose

Nous installons notre campement et allumons un feu pour faire cuire des légumes. Le soleil décline jusqu’à basculer dans l’étendue de sable et d’arbustes. Très vite, la température baisse, et nous nous enveloppons dans nos couvertures, les mains tendues au-dessus des flammes. Mike nous fait une surprise en nous apportant des burritos que l’un de ses voisins lui a apporté. Adorable. Bientôt, le ciel s’assombrit jusqu’à se piqueter d’une myriade d’étoiles. Loin de toute grande ville, la voûte céleste est magnifique. Allongés sur le divan, Antoine et moi contemplons la voie lactée en cherchant à repérer les constellations que nous connaissons. Je cherche l’étoile Rigel, en vain. Voilà un autre domaine que nous aimerions apprivoiser : l’astronomie. Ce soir-là, nous voyons trois étoiles filantes, traits lumineux sur le velours noir du ciel. L’occasion de faire des vœux. Nous faisons ensuite tant bien que mal la vaisselle dans le noir, puis nous effondrons dans le lit déplié du van. Il est 20h30, mais déjà, le sommeil nous appelle.

 

Le lendemain matin, réveil à 5h. Nous quittons le terrain dans la nuit noire et retrouvons sans trop d’encombre la route principale. Nous voulons voir le Grand Canyon à l’aube. La prudence est de mise : à cette heure-ci, les cerfs traversent fréquemment. Le mieux est de klaxonner régulièrement pour les tenir éloignés de l’axe routier. En effet, alors que la lumière rasante éclaire peu à peu les arbres, nous découvrons la vie sauvage grouiller autour de nous. Nous garons le van sur un parking, puis marchons quelques minutes seulement jusqu’au point de vue tant attendu. Le Grand Canyon est encore plus grandiose que ce que nous avions pu imaginer. Les photos ne parviennent pas à rendre justice à une telle merveille. Silencieux, dans la fraicheur du petit matin, nous admirons le soleil poindre au-dessus des majestueuses lignes rocheuses, qui s’étirent sur 450 kilomètres.

Géologie

Nous retournons ensuite à notre van pour nous préparer un petit déjeuner et faire un brin de toilette. Je cuisine des toasts avocats-échalottes-tomates-œufs. Nous décidons ensuite de faire le trail qui court tout autour du Grand Canyon, dans les hauteurs, permettant d’avoir différents points de vue sur ces incroyables reliefs rougeoyants. Ce qui est étonnant, c’est à quel point ce canyon monumental inspire à la fois force et fragilité. Ces couches de sédiments empilés forment un mille-feuille minéral aux nuances chromatiques subtiles, qui donne l’impression d’être là depuis toujours et en même temps de pouvoir s’effondrer à tout instant. Il faut savoir que les différentes strates rocheuses sont estimées avoir entre 200 millions à près de 2 milliards d’années, en fonction de la profondeur. On y trouve à la fois des sédiments marins et terrestres : un livre géologique ouvert qui raconte des époques où notre planète avait un visage qu’on peut à peine imaginer.

Beauté

Octobre est une excellente saison pour découvrir les lieux. Même s’il y a beaucoup de touristes, cela n’a rien à voir avec la haute saison. Nous marchons donc au bord des impressionnants précipices, éblouis par tant de beauté. On croirait qu’une main géante a sculpté des formes dans ces roches millénaires. La sérénité est immédiate face à un paysage aussi époustouflant. À certains endroits, on peut apercevoir le Colorado serpenter entre les falaises, formant une ligne brillante et rose. Impossible de se lasser de cet endroit : la course du soleil l’éclaire à chaque heure de nouvelles lumières, lui donnant encore de nouvelles facettes. Le beau apaise et soigne. Le beau est une nécessité.

2 commentaires

  • Emily dit :

    Encore un très bel article. C’est fou de sentir la chaleur des gens que vous rencontrez. C’est souvent dans des endroits très isolés qu’ils sont le plus accueillants. Ce Mike me touche énormément à travers vos mots. Quant au Grand canyon ce devait être fantastique. La beauté de l’instant, de la Terre. Et une certaine frustration des photos qui ne rendent jamais justice à de tels endroits (j’ai vécu le même ressenti lors d’un précédent voyage). L’essentiel sera gravé dans votre mémoire.

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