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Samantha et Antoine

14 octobre 2019

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Une halte à Zion

Le van s’engage sur une route sinueuse, surplombée par de hautes montagnes boisées. Sur notre gauche, un précipice. Y jeter un œil de temps en temps. Nous arrivons dans le célèbre Zion National Park, connu pour ses formations géologiques, sa faune et sa flore. L’entrée est spectaculaire : il est difficile de décrocher son attention des vertigineuses falaises. C’est pour nous une escale d’une nuit, dans un campground situé en plein cœur du parc. Ces terrains n’ont rien à voir avec ceux où nous pouvons stationner notre van chez des particuliers. Ici, il faut se figurer des centaines d’emplacements en plein cœur de la forêt, où l’on trouve majoritairement de gigantesques camping-cars – certains doivent bien avoir une capacité de 70m2 ! Ici, on « campe » mais en embarquant tout le confort de sa maison moderne avec soi. Certains sont rompus à l’exercice, et en quelques minutes, des palmiers géants fluorescents délimitent un strict territoire, une immense table en plastique est montée, et pour peu, on pourrait presque voir une machine à laver soudain raccordée au robinet le plus proche. C’est un concept assez particulier que de vouloir retourner à la nature tout en reproduisant strictement à l’identique son mode de vie.

Nos amis les cerfs

Il suffit de faire quelques pas en dehors du camp pour tomber sur des animaux sauvages : des cerfs hermiones broutent paisiblement sous un arbre. Ils ne sont pas domestiqués, loin de là, mais il est évident que de voir autant d’êtres humains à l’année les a habitué à notre présence. Nous sommes chez eux, ils vaquent à leur occupation en lançant de temps à autre un regard indifférent à ces humains curieux qui brandissent leurs téléphones portables. Je passe plusieurs heures assise en tailleur à même le sol pour simplement observer. Dès que l’agitation retombe, les animaux se font encore plus visibles. Une biche ratisse l’herbe sèche en cercle autour de moi, se figeant de temps à autre en se demandant ce que je contemple avec tant de bonheur. Elle. Une fois que nous avons tout organisé pour la nuit de ce soir, nous nous mettons en route pour explorer le parc. Les transports en commun sont redoutablement efficaces : une ligne de bus permet de desservir tous les débuts de trails. Et en parlant de bus, alors que nous nous rendons à l’arrêt le plus proche, quelle n’est pas notre surprise de découvrir une file s’enrouler sur une centaine de mètres. « On se croirait à Disneyland », me souffle Antoine. On repère la notoriété d’un parc naturel au nombre d’infrastructures touristiques près de son Visitor Center. Aucun doute, Zion est très, très visité. Impossible de rater les boutiques en bois auxquelles sont suspendus des carillons scintillants.

Sanctuaire ou attraction ?

Nous parvenons néanmoins à prendre le bus, pour échapper à la folie commerçante. Nous sommes venus ici pour découvrir ces sublimes sentiers montagneux. C’est sans compter sur le flot de visiteurs continu, qui transforme n’importe quelle randonnée aux paysages ravageurs en colonie de vacances assourdissante. La palme revient au groupe d’adolescents se pourchassant en hurlant – faisant fuir au passage les cerfs hermiones. Pas exactement les meilleures conditions pour profiter des panoramas exceptionnels. À cette période de l’année, les cascades étant asséchées, nous découvrons quelques rideaux d’eau tomber dans les Emeralds pools, des points d’eau réputés pour leur couleur vert émeraude, due à une algue. Nous rebroussons chemin avec le sentiment qu’il vaut mieux partir rapidement, pour trouver des endroits plus… sauvages. De fait, malgré les paysages époustouflants, l’omniprésence de l’homme casse complètement l’atmosphère. Après l’expérience de Antelope Canyon, nous savons désormais que c’est le genre de situation que nous voulons éviter. Après quelques autres courts trails dans les environs, nous replions nos bagages pour tenter d’aller dans des zones moins touristiques. Alors que nous passons la barrière d’entrée du parc, nous découvrons avec stupeur des kilomètres de voiture s’agglutiner les unes derrière les autres pour aller de là d’où nous venons. La nature, une attraction comme les autres.

Pas de côté

À une dizaine de kilomètres, nous trouvons un petit parc naturel constitué autour d’un lac. Seules quelques silhouettes se détachent sur l’étendue dorée de la plage. Nous y arrêtons notre van et profitons de la quiétude retrouvée. Je cuisine notre adoré toast avocat-œufs-tomates, Antoine fait une salade de fruits. La chaleur du soleil est atténuée par un vent frais qui vient secouer nos cheveux. Nous déjeunons, puis nous nous étendons sur le sable. L’occasion d’un moment pour lire, dans le silence retrouvé. Voyager, nous en prenons conscience au fil des jours, ce n’est pas pour nous voir ce qu’il faut voir. Bien sûr, certains lieux en soi attirent par leur notoriété souvent justifiée. La difficulté que nous rencontrons, c’est que la façon dont on découvre un endroit influence grandement notre perception de ce dernier. Le contexte importe tout autant que la destination. Cette parenthèse, nous l’avons pensée comme un espace d’expression et de découverte de la façon dont nous, nous voulons vivre. Parfois, cela signifie faire un pas de côté.

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