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Samantha et Antoine

13 octobre 2019

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Les cheminées ocre

« Do you like dogs ? »

C’est sur cette question que nous accueille Roy, le propriétaire du campement où nous passerons la nuit ce soir. Antoine et moi répondons en chœur :

« YES WE LOVE THEM ! »

Roy sourit en marchant dans notre direction. Il poursuit :

« And… wanna see a puppy ?

— OH YES ! »

Il s’immobilise à notre hauteur, un sourire réjoui flottant sur ses lèvres. Sa peau est sèche et bronzée comme celle des gens ayant passé leur vie entière sous le soleil. Il pose sur nous ses yeux d’un bleu limpides, perçants, qui ont vu bien plus qu’on ne peut l’imaginer.

« Come with me. »

Roy ouvre en grand la porte de sa maison bâtie à flanc de falaise. Deux chiens jaillissent dehors, une grande femelle blanche et un petit chiot noir. C’est parti pour les bonds, les queues qui remuent et les aboiements. La première dépose à nos pieds un bâton pour jouer. Le chiot ne nous lâche pas une seconde, fou de joie. Il a sans aucun doute du chien de berger dans les veines, car il ne cesse de tenter de mordiller nos mollets, réflexe pour remettre les moutons dans le droit chemin.

« First of all, dit Roy, I want to say something important… I’m so so so ashamed of my governement right now. That said, come with me, I’ll show you where you can put your van. »

Les habitudes

Nous lui emboîtons le pas sur son terrain superbement aménagé : des sentiers délimités par des pierres rondes serpentent dans les hauteurs, formant de temps à autre un espace où sont posés des rondins de bois. D’ici, nous avons une vue imprenable sur la vallée. Nous allons camper près de la source d’eau, à quelques pas d’un grand champ. Nous discutons un moment avec Roy tout en arpentant les lieux. C’est ce que nous apprécions avec le camping chez des particuliers : c’est toujours l’occasion de rencontres. Nous profitons des derniers rayons du soleil pour prendre une douche extérieure – froide, une fois n’est pas coutume. Le confort est une notion très relative. Il faut faire vite, car dès que la nuit tombe, la température chute brutalement. Une fois le feu de camp allumé, nous cuisinons à la lueur des flammes. Ce soir, nous éprouvons autant de joie que de fatigue. Les étapes sont courtes, les heures de route longue, les itinéraires souvent semés d’imprévus. La vie nomade scelle pourtant des habitudes, qui s’ancrent de plus en plus profondément au fil des jours. Chaque objet a sa place dans le van. Nous trouvons des solutions simples pour pallier les petites contraintes : suspendre une lampe de poche à tel endroit, stocker le bois dans tel compartiment, plier les couettes de telle façon. Un espace aussi réduit nécessite rigueur et organisation. Le plus surprenant : nous ne manquons de rien. Tout est simple et évident.

Dès l'aube

Le lendemain matin, nous sommes réveillés par les premières lueurs de l’aube. Encore ensommeillés, nous rangeons nos affaires et reprenons la route. Nous avons une certitude : ce matin, nous voulons voir le lever du soleil sur Bryce Canyon. Comme d’habitude, notre van croise de nombreux cerfs hermione sur le bord de la route. C’est leur heure. L’air est encore froid et mordant à six heures du matin, mais nous nous emmitouflons dans nos polaires et gravissons le chemin qui conduit au point de vue sur le canyon. Seuls quelques courageux flânent comme nous dans les environs en murmurant, comme s’il ne fallait surtout pas briser le silence sacré des gorges. Une boule de feu fait son apparition au-dessus de l’horizon, faisant reculer la voûte sombre du ciel. Un liseré lumineux épouse le contour des cheminées de roche, jusqu’à embraser les reliefs féériques. Antoine monte davantage pour prendre des photos. Pour ma part, je m’assois simplement à même la terre, pour contempler ce merveilleux spectacle. L’occasion d’une méditation matinale. Quelques lézards détalent sur les rochers éclaboussés de soleil. D’adorables chipmunks (tamias en Français, ou Tic et Tac en Disney) grimpent à toute allure sur des branches sèches. Le croassement d’un corbeau perce le silence à intervalle régulier.

Randonnée

Après ces heures de sérénité et d’apaisement, nous passons nos sacs à dos sur nos épaules. La terre rouge se réchauffe. Nous allons faire un trail qui forme une boucle en descendant dans le canyon jusqu’à le remonter. Les premiers pas sont déjà très impressionnants : un mince chemin de terre ondule jusqu’à plonger dans une grande fente rocheuse. Nous sommes à 2700m2 d’altitude, la marche est donc plus éprouvante que d’habitude, mais l’émerveillement donne de l’énergie. De temps à autre, un gigantesque tronc d’arbre surgit entre deux parois rocheuses : on se demande comment cet arbre a réussi à pousser dans un environnement si hostile. À mesure que nous nous enfonçons dans le canyon, le soleil laisse place à l’ombre. Nous enjambons les rochers, les visages levés vers les plafonds rougeoyants. Quand le soleil revient, c’est que nous sommes désormais au plus profond des gorges, à l’air libre. Nous sommes cernés par des roches coniques et colorées, les piliers sculptés d’un temple invisibles. Ces structures géologiques incroyables sont le résultat de l’érosion de sédiments datant du Cétacée.

Nous passons beaucoup de temps dans cet amphithéâtre naturel. Nous nous arrêtons. Nous contemplons. Nous parlons. La beauté nous happe, efface les émotions au profit de la sérénité. Nous remontons ensuite de nouveau un sentier qui forme d’impressionnants lacets. Le souffle est court, mais le sourire sur les lèvres. Une excursion enchanteresse.

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