Samantha et Antoine

03 octobre 2019

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L.A : la puissance des récits

Nous voici de retour dans un aéroport, côte à côte, nos sacs sur nos dos. Bagages qui disparaissent sur un tapis roulant, cartes d’embarquement que l’on tend, chaussures et bijoux que l’on place dans des bacs. Cela nous rappelle notre départ, il y a maintenant presque un mois ! Notre vol intérieur fait Baltimore-Minneapolis, puis Minneapolis-Los Angeles. De nouveau, nous allons remonter le temps, il sera trois heures de moins à L.A. Les distances que l’on parcourt aux Etats-Unis nous propulsent dans une tout autre échelle. Les minutes s’écoulent, une longue file se forme à la porte d’embarquement, mais toujours rien. L’appréhension commence à monter : nous avons très peu de temps pour la correspondance. Les yeux rivés sur l’heure, nous espérons que la situation va se débloquer rapidement. Dans le cas contraire, nos plans seront fortement compromis. Enfin, notre avion part avec trente minutes de retard. À peine a-t-il atterri que nous courons à toute allure dans les halls immenses. Mission : attraper le vol qui part dans cinq minutes exactement. À bout de souffle, nous atteignons nos places alors que tous les passagers bouclent leurs ceintures.

Moments précieux

Arrivés à L.A, nous ne sentons pas encore la différence de climat : le beau temps n’est pas au rendez-vous. Nous découvrons avec stupeur à quel point cette mégapole est étendue : la ville fait douze fois la taille de Paris ! Ici, tout le monde se déplace en voiture, et il est fortement déconseillé de tenter de circuler à partir de 17h, sous peine de rester des heures coincés dans des bouchons qui font paraître le périph de Paris agréable. Pour la première fois depuis un moment, nous retrouvons des personnes que nous connaissons. Lucile et Ray vivent ici depuis peu, pour leurs carrières. Pas de doute, Los Angeles est the place to be pour ceux et celles qui veulent travailler dans l’industrie audiovisuelle. C’est une joie immense de retrouver des visages familiers durant notre voyage. Mine de rien, les amis et la famille nous manquent. Le fait de tenir ce journal nous rapproche de personnes vivant à l’étranger que nous aurions peu l’occasion de voir dans d’autres circonstances. Raconter notre périple déclenche de nombreuses discussions via le compte Instagram, qui mènent à ce genre de moments ! J’ai connu Lucile par Yoann, son cousin, avec qui j’ai travaillé chez Ubisoft. Le monde est petit : désormais devenu scénariste, Yoyo (il déteste, mais j’adore) est désormais membre de la Guilde des scénaristes français, et nos chemins se sont donc recroisés dans de nouveaux contextes. Lucile a également lu toute la trilogie des Stagiaires, et nous en avions discuté sur un stand lors d’un salon du livre, il y a plusieurs années. Rencontre fugace et agréable. Dynamique, joyeuse, elle a troqué sa teinture blond platine pour un violet soutenu. Elle et Ray forment un couple adorable, et nous avons beaucoup de chance d’être à leurs côtés pour découvrir Los Angeles.

 

Pour commencer, nous flânons sur une plage à Santa Moncia, pour prendre le pouls du quartier. L.A ne brille pas par son architecture : les bâtiments rectangulaires laissent une impression de carton pâte. Cependant, le coucher de soleil incandescent sur l’océan Pacifique dissipe notre premier a priori. Des enfants courent dans le sable, chassent les goélands en riant. Il y a ici une lumière très particulière, rougeoyante, qui habille les palmiers. Dès que la nuit tombe, la ville se transforme, l’obscurité se pare de milliers de lueurs qui font naître une féérie inattendue. Nous profitons de la soirée pour reprendre le fil de nos vies en France. Je dois valider la version finale de Chasseurs d’aurore, mon conte pour enfants qui sort au mois de novembre chez nobi nobi ! Impression imminente. Antoine découvre avec moi le rendu final de la maquette et l’agencement entre mes textes et les sublimes illustrations d’une artiste japonaise. Il lit l’histoire en souriant : il est question d’aurores boréales, d’aventure, de tandem, de mélancolie et d’un gros chat de feu nommé Hélios. Ce que nous faisons aussi, d’une certaine façon : chasser les lumières. Retour au Wifi veut également dire consulter ses mails : je suis ravie d’avoir des nouvelles d’Anne-Fleur Multon, ma co-autrice, qui a terminé les derniers ajouts à C’est pas ma faute. Envoi à Pocket jeunesse et notre agent littéraire. J’éprouve alors un profond soulagement : désormais, les derniers impératifs sont traités. Les ouvrages sont sur les rails. Nous pourrons profiter des trois prochaines semaines dans des zones coupées du monde sans que le travail ne rattrape une nouvelle fois.

Chasser les lumières

Nous ne savons pas exactement quoi voir à Los Angeles. Nous croisons de nombreux bus de « Stars hunting ». Pas exactement ce que nous chassons, nous. L’angoisse. Des touristes sillonnent les quartiers célèbres, leurs appareils photo à la main, en espérant tomber sur quelqu’un de connu. Nous marchons dans Beverly Hills pour nous faire notre propre opinion sur ces rues vues et revues, sans grande curiosité. Il y a essentiellement des boutiques de luxe. Les devantures ont le mérite d’être originales. Très rapidement, nous aspirons à rejoindre Lucile et Ray, qui vont nous emmener avec eux pour découvrir la ville autrement. Nous nous donnons rendez-vous au Original Farmers Market pour déjeuner. Alors que nous attrapons un café, je lève les yeux et découvre avec joie le grand immeuble de la WRITERS GUILD OF AMERICA, l’organisation professionnelle des scénaristes de l’audiovisuel aux Etats-Unis. C’est rassurant de voir que des créateurs et créatrices ont pu bâtir une défense aussi aboutie. Ceux et celles qui suivent les séries américaines ont forcément entendu parler de leur grande grève il y a des années, qui leur a permis d’obtenir des conditions de rémunération plus justes. En France, cette guilde est le modèle d’organisation professionnelle à laquelle beaucoup aspirent. Une voix interrompt ma contemplation : « Ah, je savais que vous seriez sur la terrasse ! Typique des français ! » lance Lucile en arrivant. Bises, rires et discussions. Nous nous dirigeons vers les stands bariolés proposant des plats de toutes les nationalités : tacos, empanadas, nouilles sautées, croissants, gaufres, pancakes, etc. Les délicieuses odeurs se mélangent et saturent l’air inhabituellement frais en cette période de l’année. Le principe est simple : chacun choisit de la nourriture sur un stand, puis peut s’asseoir sur l’une des nombreuses tables rondes et multicolores.

Travailler dans l'industrie

Tout en engloutissant nos emapanadas, Ray et Lucile nous racontent leur vie ici, l’acclimatation, le travail, la mentalité américaine. De son côté, Ray est assistant réalisateur, il écume donc les tournages et se fait peu à peu sa place dans cette industrie connue à travers le monde. Il faut avoir fait un certain nombre d’heures pour accéder pleinement au statut professionnel, comprenant ensuite tous les droits sociaux qui vont avec. Le système américain pour les scénaristes et les réalisateurs est très différent du nôtre, puisque ces derniers sont reconnus comme des salariés. Il y a une lucidité dans le fait que les créateurs et créatrices sont partie prenante d’une industrie. En France, nous avons tendance à vouloir masquer toutes ces dynamiques économiques derrière le voile de la culture. La vérité est que les deux cohabitent. Qui peut dire aujourd’hui que l’audiovisuel, le livre ou encore la musique ne sont pas des industries créatives ? Aux Etats-Unis, si vous êtes réalisateur ou scénariste, une fois que vous obtenez votre « statut » en quelque sorte, que vous entrez dans l’une des Guildes, vous savez que vous aurez du travail. Vous faites désormais partie d’une véritable profession solidement installée et régulée. Ces échanges pour comparer nos deux systèmes sont passionnants et aiguisent notre curiosité. Après le Farmer Market, nous nous promenons dans the Grove, centre commercial emblématique de Los Angeles. Nous avons l’impression de nous retrouver en plein Disney Land, alors que nous marchons le long de petites rues pavées impeccables. Les bâtiments sont tous immaculés, comme juste sortis de terre. Un tintinnabulement nous avertit que le petit train arrive.

Hollywood

Nous prenons ensuite la voiture pour aller vers les hauteurs de la ville. Lucile nous explique son grand désespoir de ne pas pouvoir prendre les transports en commun : ici, il y a peu de lignes de métro, et aucune voie aménagée pour les bus. Tout en discutant, nous regardons les villas défiler à travers les vitres. Les trottoirs sont mangés par les racines massives des arbres. D’une rue à l’autre, le contraste est saisissant : immeubles gris aux façades décrépies ou superbes demeures protégées par des haies de palmiers. Nous atteignons Hollywood, dont on voit au loin les légendaires lettres blanches perchées sur le Mont Lee. À peine garons-nous la voiture que nous tombons sur un troupeau de biches en train de paître paisiblement sur le bord de la route. « Des bambis ! » s’exclame-t-on en chœur. De fait, on voit quelle espèce a inspiré Disney, nos biches en France n’ont pas ses grandes et longues oreilles ou ce petit museau noir. Après une énergique montée, nous atteignons l’Observatoire Griffith, un observatoire astronomique construit en 1935. Depuis ce point culminant, nous avons une vue panoramique sur la ville. L’occasion de prendre conscience de l’impressionnante étendue de Los Angeles, qui s’étend à perte de vue des montagnes jusqu’à l’océan.

De retour en centre-ville, nous faisons un tour sur Hollywood Boulevard, l’une des plus célèbres avenues de L.A. Le moins que le puisse dire, c’est que ce n’est pas ce à quoi nous nous attendions ! Dans notre imaginaire se déployait un boulevard propre et étincelant, sur lequel nous pouvions voir incrusté d’immenses étoiles. À cet endroit de la ville, les rues sont très sales, et des milliers de piétons écrasent sous leurs pas les timides noms de Britney Spears, Drew Barrymore et Shrek. Cependant, l’attraction permet à diverses troupes de se donner en spectacle. Des danseurs prennent à parti les passants, dont Antoine, qui est réquisitionné pour une démonstration. Lucile, Ray et moi le regardons. Le défi consiste à faire un salto par dessus lui… Quelque peu inquiet, il garde son calme parmi les autres touristes, tandis qu’un jeune homme voltige au-dessus de leurs têtes.

Pour finissons la soirée sur un rooftop à quelques pas, qui permet d’avoir une vue magnifique sur le quartier. Engoncés dans des poufs colorés, nous sirotons nos cocktails en parlant de tout et de rien, tandis que le soleil bascule peu à peu derrière les immeubles. Les fenêtres autour de nous s’allument une à une, transformant de nouveau cette ville si surprenante.

Ces histoires

. « Les Etats-Unis, c’est un pays qui a un excellent marketing de lui-même » dit Lucile. Je crois que cela résume très bien notre ressenti depuis notre arrivée ici. The American Dream. Elle et Ray, comme bien d’autres, sont d’une façon ou d’une autre venus pour cela. Parce qu’ici, tout semble possible. C’est l’histoire que ce pays raconte. Et les histoires nous façonnent, nous influencent, nous guident. En investissant aussi massivement dans son industrie créative, les Etats-Unis ont su faire connaître leur propre récit. Leur culture, leur imaginaire, est puissamment inscrit en nous, et ce depuis notre plus tendre enfance. Nous avons vu des bambis.

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