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Samantha et Antoine

19 octobre 2019

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À l'ombre des géants

Fatigue. C’est ce que nous éprouvons ces derniers temps. Un road-trip n’a rien de reposant, bien au contraire : chaque jour, le van englouti au minimum 250km. Ces trajets sont une partie importante du voyage. Nous parlons ou mettons la musique à plein volume, tandis que des paysages tantôt arides, tantôt montagneux, défilent de chaque côté. Il est toujours question d’atteindre la destination. Une fois que nous avons trouvé notre havre de paix du moment, nous sommes poussés par la soif de découvrir les environs. Une randonnée, et rapidement, la nuit tombe, vite vite, il faut cuisiner, faire la vaisselle, un brin de rangement… puis remballer les affaires pour un nouveau départ. Pas de temps mort. C’est pourquoi nous décidons de changer légèrement notre itinéraire avant Yosemite, pour réduire la route et rester par la suite plus longtemps dans le parc naturel : nous coupons le trajet en deux, en nous arrêtant une nuit à Mono Lake, avant de remonter voir les Sequoias.

Nouvelle halte

Pour cette halte imprévue, Antoine a déniché un terrain paisible sur lequel se trouve un minuscule cabanon. Nous renouons avec le sable qui s’infiltre dans les chaussures, les buissons desséchés et les hurlements des coyotes. Depuis notre campement, les contours bleutés et blancs du lac salé apparaissent à l’horizon. Hésitation. Aller explorer, ou rester tranquillement dans notre maison du jour ? Allez, allons jeter un œil ! Nous coupons à travers la vaste pleine mouchetée de taillis. Très vite, des épines s’enfoncent dans nos jambes, à travers nos pantalons. Nous esquivons tant bien que mal la végétation, pour finalement atteindre une zone rocheuse. Courte pause pour reprendre son souffle. Le lac semblait beaucoup moins loin depuis notre camp, mais nous n’allons pas rebrousser chemin pour autant ! Une heure plus tard, le désert de sel se révèle. Nos pieds s’enfoncent dans l’étendue immaculée qui cerne l’eau. Nous nous promenons en observant les nuées d’oiseaux s’affairer d’un point à l’autre. Mono Lake est un refuge important pour de nombreuses espèces sauvages de la région. Une diversité géographique surprenante s’offre à nous. À l’ouest, de hautes montagnes aux sommets enneigés. À l’est, des dunes de sables éclatantes. Au sud, des plaines arides entrecoupées par de longues routes. Où que se portent nos regards, nous sommes surpris par ces ruptures et ces contrastes.

Rituels

De retour au campement, c’est un rituel désormais bien rôdé : allumer le feu, sortir les ingrédients du van, mettre un filet d’huile d’olive au fond de la poêle, remuer régulièrement les légumes, ajouter une ou deux bûches, tendre les mains au-dessus des flammes pour se réchauffer, demander « c’était quoi, toi, ton moment préféré de la journée ? », suspendre la lampe torche au-dessus de la table, engloutir son plat cuit au feu de bois, traquer les étoiles filantes dans le ciel, faire la vaisselle, nettoyer le campement, jeter de l’eau sur les dernières braises, se laver les dents, enfiler son pyjama, se blottir sous les couches de couettes. Le moment le plus difficile, c’est toujours le matin. La température a chuté dans le van. Nous sommes engoncés sous les couvertures, et pourtant, il va falloir se tirer de cette chaleur rassurante pour le froid. La palme du courage varie : parfois, Antoine se lève en premier, parfois, c’est moi. Une chose est certaine : ce sont les minutes les plus désagréables. Une fois un pied dehors, il faut vite capter les premiers rayons du soleil, qui réchauffent instantanément. Cette fois, pas de douche – même froide. C’est la traditionnelle toilette de chat depuis une source.

À la rencontre des géants

Nous reprenons la route pour aller à la rencontre des Sequoias Géants ! L’une des découvertes que j’attends le plus depuis le début de notre périple. Espèce endémique des montagnes de Californie, c’est l’arbre le plus volumineux du monde. De nouveau, le climat change, nous retrouvons l’altitude et son air vif à Mariposa Park. Par chance, le soleil est au rendez-vous, et les promeneurs ne sont pas trop nombreux. Les conditions idéales pour une randonnée au milieu de ces géants rouges. Ce qui me fascine, c’est la longévité de ces arbres, qui peuvent vivre jusqu’à 3000 ans. Leur résistance est également incroyable : les troncs tombés au sol ne sont pas dégradés par les insectes ou les champignons. À l’entrée du parc, nous découvrons le « monarque », un Sequoia Géant tombé des siècles plus tôt, déraciné mais parfaitement intact. Mêmes morts, les Séquoias Géants demeurent, et se sont majoritairement les incendies qui détruisent leurs traces.

Feu

Antoine et moi marchons au milieu des gigantesques racines, qui ne sont que la partie visible de la vie de ces arbres. Sous nos pieds, les ramifications peuvent s’étendre jusqu’à 40m, sans jamais pour autant s’enfoncer trop en profondeur. Un incroyable réseau d’interdépendance entre les arbres dont nous ignorons sans doute une grande partie aujourd’hui encore. Les Séquoias Géants se démarquent par leurs troncs rouge vif, qui s’expliquent par la richesse des tanins dans leur bois. C’est ce même composant qui protège le bois du feu, ce qui explique leur survie aux nombreux incendies qui ravagent la région. Avec Antoine, nous passons un long moment à examiner les motifs de leurs écorces, tantôt rectilignes, tantôt spiralés. À nos pieds se trouvent des cônes ovoïdes constitués d’écailles : ces fruits contiennent les graines de futurs arbres. L’ouverture de ces cônes dépend en grande partie des incendies. C’est là tout le paradoxe : la régulation des feux de forêt a entraîné la prolifération d’autres espèces végétales, et a réduit les chances de reproduction des Séquoias Géants. Heureusement, il leur reste un allié de poids : l’écureuil Douglas, qui se nourrit des écailles des cônes et participe donc ainsi à leur dissémination. Nous en avons croisé de nombreux, qui galopaient dans les branchages en poussant un cri désormais bien connu de nos oreilles.

 

Nous flânons une belle après-midi au milieu de ces arbres, qui confèrent à la forêt une aura si particulière. Ces séquoias sont des gardiens millénaires, témoins muets du temps qui passe. Nous profitons de leur présence, à la fois douce et protectrice.

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